Médecine féminine : Une histoire des premières femmes médecins et de leur contribution à l’innovation médicale entre la Suisse francophone et la France, 1867-1939
Catégorie : Approfondir la question…
L’histoire des femmes dans le soin n’est pas une préoccupation neuve. Voici de quoi nourrir la curiosité de nos lecteurs…
Les 21 et 24 mars se tiennent les Journées mondiales de la trisomie 21 et de la tuberculose. A cette occasion, MEDIF souhaite commémorer trois femmes médecins qui ont fait avancer de manières décisives ces domaines : Marthe Gautier, Nicole Girard-Mangin et Charlotte Olivier. Si leurs noms sont longtemps restés invisibilisés, leur héritage est aujourd’hui enfin réhabilité, de la Tour Eiffel aux auditoires vaudois.
11 février, journée internationale des femmes et des filles de science et, bien sûr, MEDIF se joint à la célébration. Et il semble particulièrement approprié de rappeler, aujourd’hui, que 72 femmes scientifiques vont rejoindre les 72 hommes dont les noms sont déjà inscrits au premier étage de la tour Eiffel.
En effet, Gustave Eiffel avait souhaité que son monument, symbole de ce que la science pouvait produire, soit placé sous son patronage : « Pour exprimer d’une manière frappante que le monument que j’élève sera placé sous l’invocation de la Science, j’ai décidé d’inscrire en lettres d’or sur la grande frise du premier étage et à la place d’honneur, les noms des plus grands savants qui ont honoré la France depuis 1789 jusqu’à nos jours. » (Extrait du discours de Gustave Eiffel le 20 février 1889).
Et bien que certaines femmes aient déjà brillées en sciences à cette date, aucun nom féminin n’avait été inscrit sur le monument. Cet oubli est aujourd’hui en voie de réparation !
La Renaissance est traversée par de profonds bouleversements intellectuels, artistiques et scientifiques. C’est cette période qu’ont explorée les participant-es du Blended Intensive Programme CIVIS « Mediterranean Renaissance: Art and Literature », organisé par le professeur Lorenzo Bartoli à l’Universidad Autónoma de Madrid (UAM).
La Renaissance est souvent présentée comme une période de renouveau et comme un âge d’or du progrès. Mais derrière cette image se dessine une réalité plus contrastée. A mesure que les savoirs se structurent et s’institutionnalisent, certaines voix se trouvent reléguées à la marge. Dans le champ médical, en particulier, la Renaissance constitue un moment charnière : celui d’une mise à l’écart progressive des femmes. Pourtant, au cœur de ce paysage largement masculin, quelques figures parviennent à s’imposer. Parmi elles, Louise Bourgeois, sage-femme de Marie de Médicis et autrice de traités médicaux au début du XVIIᵉ siècle, incarne à la fois l’exception et le paradoxe de cette époque.
Longtemps associée à une naissance active, collective et incarnée, la chaise d’accouchement a presque entièrement disparu des salles de naissance occidentales entre le XIXᵉ et le XXᵉ siècle. Cette disparition n’est ni anodine ni purement technique : elle raconte une transformation profonde du soin obstétrical, des rapports de pouvoir dans la médecine, et de la place accordée aux femmes, soignantes comme parturientes. C’est à cette histoire que s’intéresse mon travail de master mené sous la direction d’Aude Fauvel et Amélie Puche : la disparition de la chaise d’accouchement en Suisse romande au XIXᵉ siècle, et ce qu’elle nous dit de la médicalisation de la naissance.Continuer la lecture de « La chaise d’accouchement : une histoire oubliée du soin au féminin »
Aujourd’hui, 56 % des étudiants dans les universités françaises sont des étudiantes. Ce qui semble être à présent une évidence masque une histoire longue et conflictuelle. L’accès des femmes à l’université est en effet le résultat d’une conquête progressive, marquée par des résistances intellectuelles, morales et institutionnelles.
Amélie Puche, docteure en histoire contemporaine et post-doctorante au sein du projet MEDIF, examine en profondeur ces questions dans son ouvrage « Les femmes à la conquête de l’université (1870-1940) » issu de sa thèse de doctorat. Dans le podcast Concordance des temps proposé par France Culture (Radio France) elle raconte au micro de Jean-Noël Jeanneney que, dès les débuts, la lutte se joue sur deux fronts. D’un côté, les femmes cherchent à entrer à l’université ; de l’autre, elles se battent pour être reconnues comme légitimes dans les carrières universitaires. Pourtant, rien n’interdisait légalement aux femmes de faire des études supérieures. Les obstacles étaient surtout sociaux, moraux et culturels.
Comment les femmes, souvent marginalisées dans les sphères scientifiques, médicales et littéraires, ont-elles investi les discours sur leur propre « nature » ? Que signifie rendre audibles les voix féminines ? Quelle est le rôle de l’historienne comme medium entre passé et présent ?
Ces questionnements ont été au cœur de la Journée d’étude du 9 mai 2025 L’ambivalence de la notion de « nature féminine » dans les sciences, organisée par Camille Jaccard (UNIL),chercheuse intéressée par l’expression des femmes en psychiatrie en France, Suisse et Allemagne aux XIXe et XXe siècles, à laquelle l’équipe MEDIF a participé. Soutenue par la Cellule CIVISet dans le cadre d’un échange entre l’Université de Lausanne et l’Université libre de Bruxelles, cette rencontre a été dédiée à l’analyse des discours et contre-discours sur la « nature féminine » dans les sciences médicales et physiologiques aux XIXᵉ et début XXᵉ siècles, à travers des écrits de femmes. La méthodologie adoptée a permis de créer un espace de réflexion, dans un format atelier : travail collectif sur un exemplier de textes et échanges informels entre chercheur-euses junior et senior (doctorant-es, postdocs, MER et professeur-es).
Le 11 février dernier, à l’occasion de la Journée internationale des filles et des femmes en science, Amélie Puche a publié un article dans le magazine académique Mondes sociaux. Son sujet ? « Femmes scientifiques en France : exister dans un monde d’hommes (1880-1940) ». Une question émerge : Pourquoi les femmes scientifiques sont-elles si peu présentes dans les manuels d’histoire et les médias ?
“Pouvez-vous citer une femme scientifique du XIXe ou XXe siècles ?” par Adèle Huguet
Avant tout l’équipe du projet MEDIF souhaite une bonne année à tous ses lecteurs !
De son côté, MEDIF démarre l’année avec la publication d’un article de Aude Fauvel et Amélie Puche au sein de l’European Journal for the History of Medicine and Health (Vol. 81, n° 2, décembre 2024) : “From Medical Feminism to Conservatism? Changing French Attitudes Towards Women Doctors and their Views on the Female Body: The Reception of Woman as Family Doctor between 1905 and the 1920s”.
Cet article paraît dans un dossier spécial dirigé par Irène Favier et Véronique Molinari : “Jostled Diagnoses: Women’s Mental Health and Sexuality in the Long Nineteenth Century”. Ce dossier s’inscrit dans le projet de Véronique Molinari, Gesame 19 : Genre, santé mentale et médecine de l’intime au XIXe siècle : discours, pratiques, résistances et circulations transatlantiques.
Un des lieux incontournables de l’histoire de la santé en France est la bibliothèque interuniversitaire de la santé (BIUS) à Paris. Outre la beauté de la faculté de médecine du XIXe siècle, le chercheur y trouvera de très riches collections ainsi que d’intéressantes expositions. L’actualité de la bibliothèque est d’ailleurs à suivre dans son carnet hypothèses, Panacée, ainsi que de nombreux billets approfondissant divers aspects de l’histoire de la médecine. Et si la BIUS a déjà mené un impressionnant travail de numérisation, rendant accessible de très nombreux documents de toutes natures via son site internet, elle conserve encore dans ses réserves de nombreux trésors. MEDIF s’y est donc rendue à l’instar de tant d’étudiantes en médecine depuis 1867.
Parmi ces anciennes étudiantes de la faculté de médecine parisienne, citons Mélanie Lipinska, dont la BIUS a acheté il y a presque 20 ans maintenant de nombreux papiers personnels. Ce fonds a pu être consulté par MEDIF. Il contient une riche correspondance privée entre Mélanie Lipinska et sa maman, Julia, ainsi qu’avec son compagnon, lui aussi médecin, Vladimir Bugiel. Malheureusement pour MEDIF qui ne parle pas polonais, cette correspondance est entièrement dans cette langue. Ce riche fonds mériterait une véritable étude, par une personne en capacité de le déchiffrer entièrement. Outre ces lettres, le fonds renferme également des notes de visites de l’externat de Mélanie Lipinska ainsi que le manuscrit de sa thèse, notes et mise au propre. Cela constitue une source inestimable pour comprendre le processus d’écriture de ce document.
Carte de visite de la Docteure Lipinska, BIUS Paris.